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Embrasser la terre

Portrait de Claude Marthaler, dans la chaîne du Pamir.
[Claude Marthaler]
Projection : 70 min.

Réaliser un portrait documentaire de Claude Marthaler demande de la cuisse !

Pour filmer le bonhomme, il faut être prêt à enfourcher sa bicyclette, l’harnacher de toutes sortes de sacoches, s’entraîner dur sur les montagnes avoisinantes, et enfin le rejoindre quelque part au bout du monde.

Pour l’occasion, c’est en Asie centrale dans les chaînes du Pamir que j’ai roulé avec lui pendant 10 jours. Caméra au poing, j’ai découvert une région aux paysages époustouflants. J’ai également vécu un temps au côté d’un homme à la fois grandiose et rempli d’humilité, capable à la force de ses jambes de vivre le voyage si intensément qu’il donne parfois l’impression d’embrasser la terre.

Claude Marthaler, centaure mi-métallique, mi-humain, a passé presque 16 ans sur un vélo, dont 7 d’affilée pour faire le tour du monde. De ses nombreux voyages, il a publié 9 ouvrages. On aurait pourtant tort de le réduire à ses « records », lui-même ne se définit pas comme un aventurier, il juge cette notion trop ambivalente. Il est homme avant tout, avec ses forces et ses faiblesses. Heidi et Nathalie, deux de ses ex, mais aussi Rose, sa maman, parlent d’un homme éperdument amoureux de la bicyclette, au point parfois d’exclure les autres de sa vie. Longtemps voyageur solitaire, « jusqu’au bout-iste », il a enchaîné les relations sans jamais pouvoir se stabiliser. Ne dit-on pas que pour garder l’équilibre, à vélo comme dans la vie, il faut avancer ?

Paradoxe du cyclonaute, dépendance au mouvement, cette relation quasi addictive au voyage s’explique aussi par le décès subit de son frère en 1979 lorsque Claude n’a que 19 ans. La vie est trop précieuse pour ne pas suivre la voie qui est la sienne. Plus de 240'000 km parcourus comme pour arracher à la vie des instants d’éternité et vivre aussi le deuil.

« Mon carburant principal, ce sont les gens ! » Amoureux des rencontres, il a rempli son être de toutes les énergies. Ardant défenseur de la bicyclette, Claude s’est fait vélosophe. Rouler à ses côtés, c’est emmener le spectateur sur un porte-bagage pour un voyage fait de sueur et de bonheur.

Alexandre Lachavanne, réalisateur

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